Chinese Man Record



Le label indépendant Chinese Man fête ses 15 ans cette année et sort une cinquième Groove Sessions pour l’occasion, avec la tournée qui va bien. Ses jeunes quarantenaires sont désormais des références, figure du développement d’une esthétique musicale variées, à l’image de leur public. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Sly pour discuter de cet anniversaire à ne pas manquer !


ZYVA : Alors bravo vous fêtez vous quinze piges ! Et bien nous aussi figure toi, donc c’est dire à quel point on vous connaît ?!


Sly : Et oui, on a commencé en même temps, c’est marrant !? Sincèrement, on a vécu des choses extraordinaires et ce n’était pas vraiment prévu. Quand on a commencé à faire de la musique c’était par passion, on avait tous des tafs à côté, et on aurait jamais imaginé que l’on en arrive là aujourd’hui. 


ZYVA : C’est l’histoire d’un label qui rassemble, le pouvoir du collectif, et pourtant les identités de chaque artiste du roster sont très fortes.


Sly : Ce n’est pas très conscient à l’origine, les groupes s’influencaient pas mal les uns les autres, une forme d’émulation. Quand tu vois que d’autres artistes proposent un univers complexe, ça te donne envie de travailler le tien à fond. Malgrès le fait que chaque groupe ait une identité très marquée, nous avons une culture musicale commune et c’est ce qui fait l’harmonie et la cohérence du projet dans son ensemble même si chaque groupe est vraiment unique. Les différents groupes du label se sont construit à une époque ou la musique commençait à s’ouvrir avec internet, et à construire de plus en plus de musiques variées. Je me souviens dans les années 90, quand tu écoutais du rap, tu n’écoutais pas autre chose, et c’était pareil si t’écoutais du métal...et puis les choses ont évolués avec la fusion. Dans les années 2000, on a vécu ce mouvement d ouverture de la musique de plein fouet, et c’est ce que l’on retranscrit dans nos musiques. 


ZYVA : Est ce que tu peux nous parler rapidement des Grooves sessions stp ? 


Sly : “Groove sessions” a toujours été un projet qui a pour but du montrer un instantané du label à un instant T . Les “Groove session” 1 c’était une compilation de tous les maxis qui étaient sortis depuis la création du label ; le volume 2, c’était pour montrer qu’il y avaient d’autres groupes dans Chinese man. Le troisième  s’est ouvert encore plus avec vraiment un côté grosse compilation du Label et on était un peu arrivé au bout de ce format. On voulait faire quelque chose d’autre avec un dernier volet, surtout pour fêter dignement les 15 ans du label. 


ZYVA : Alors Justement en 15 ans, vous avez vu l’industrie de la musique évoluée aussi ...


Sly : Oh oui (rires) 


ZYVA : Vous avez un status un peu particulier, en étant indépendant, et vous arrivez à vous démarquer des structures moins indépendantes, notamment en terme de postures artistiques ou même à travers la commercialisation de votre musique.


Sly : Alors oui, comme tu le dis très bien, on est un peu un OVNI de la musique, moins maintenant, il y a en d’autres, je pense à Banzaï Lab ou Jarring effects bien sûr, il y a toujours eu des labels « indés ». Notre particularité, c’est que l’on a évolué, grandit, en apprenant à gérer tout cela. On était musicien à la base, on ne connaissait rien de l’industrie de la musique, donc on a un petit peu inventé notre voie. Il s’avère que, un peu par chance aussi, on a fait des choses qui avaient du sens et qui ont toujours du sens maintenant en fait. Cette idée d’indépendance, avec toutes les difficultés que ça suppose, quand ça fonctionne un peu, tu te rends compte que ça en valait la peine. 


ZYVA : Si on rapporte tous cela à votre relation au public, en terme de stream, parce que de nos jours on ne parle pas du nombre de cd vendu, (sinon tu passes pour un ieuv) en France, vous avez une écoute fantastique (plus de 40 millions) et de la même manière à l’étranger, partout dans le monde...la porté de votre musique est fantastique. 


Sly : Oui c’est inespéré, et ça correspond à ce dont on parlait, à savoir que notre musique, Chinese Man et tous les groupes du label, est très métissée, mélangée donc c’est une musique qui peut potentiellement toucher tout le monde, partout, sans vraiment avoir de frontière géographique, avec des influences d’un peu partout. Si tu couples cela au fait que maintenant internet est un outil incroyable pour faire découvrir de la musique, on a au moins deux bonnes raisons qui que ça fonctionne.


ZYVA : Et plus de 250 dates à l’étranger, c’est vraiment pas mal pour un groupe Français ?


Sly : Oui c’est plutôt conséquent, mais on fait aussi beaucoup de petites salles ou de clubs à l’étranger, il n ‘ y a pas le même écho qu en France bien sûr, mais c’est aussi une expérience de dingue, c’est aussi pour cela qu’on fait de la musique, pour voyager et découvrir des pays que l’on ne connait pas... c’est le pied quoi !


ZYVA : Et puis on se rend compte des différences entre la qualité d’accueil en France et son infrastructure autour des Musiques Actuelles ...


Sly : Ah oui ! Sans vouloir faire le « démago », c’est quand même mieux d’être musicien en France que dans d’autre pays ! Bon, on a un gouvernement qui est loin d’être irréprochable, voire pire... mais il y a quand même toujours une belle reconnaissance pour les artistes en France. Quand tu vois ce que ça donne en Angleterre, qui est pourtant un pays de musique, c’est chaud ! Pas d’argent public, ultra compétitif, pas de statuts d’intermittent. Je ne dis pas que c’est facile en France, mais il y a beaucoup de pays ou ce n ‘est pas facile d’être musicien. 


ZYVA : Encore une fois vous fêtez vos quinze ans, la reconnaissance se construit aussi avec le temps. Vous avez aussi connus les galères de tournées...


Sly : Oh oui on s’est impliqué, c’est sûr ! On a d’abord commencé à vendre nos vinyls dans la région et on a mis les mains dans le côté « ventes de disques » et puis le live, on a commencé nos tourner avec un Van, mode limite dangereux...oui les premières années étaient bien folkloriques on va dire !


ZYVA : Et maintenant, c’est plus confort hein ?


Sly : Ah oui, ben voilà hein, oui on a une super équipe qui nous aide on a un confort inespéré, oui on travaille définitivement dans d’autres conditions qu’au début, mode 205 GPI à faire les routes de France ! Franchement ça ne serait plus possible pour nous maintenant.


ZYVA : D’autant que vous êtes plus nombreux désormais, comment vous organisez une tournée ?


Sly : On va être 8 artistes et 6 technicien donc oui ça fait du monde, une bonne petite équipe !


ZYVA : Cette tournée, vous la commencez par Marseille, bien évidemment..


Sly : Oui ça a toujours été le cas, il est arrivez que l’on fasse une fois ou deux d’autres villes mais généralement, on commence toujours par Marseille. 


ZYVA : Vous serez bientôt sur la région Auvergne Rhône Alpes, une date à St Etienne au Fil et une date à Lyon au Transbordeur, deux salle assez différentes, est ce que ça sera la même “config”, comment vous gérez la présentation scène, j’imagine que c’est au petits oignons et millimétré ?


Sly : Oui, c’est dire la qualité de notre équipe qui s’occupe de la scénographie, il bossent depuis très longtemps pour que le show puisse s’adapter partout et c’est beaucoup de préparation. Alors bon, je peux pas trop en parler, vous verrez, mais c’est une sacrée machine, une grosse installation. Ça sera la même installation, que l’on joue à Lyon, St Etienne ou n importe quelle ville, le show s’adapte pour que le public est la même qualité de concert. 


ZYVA : Que tout le monde en prennent autant plein la gueule quoi !?


Sly : Oui exactement (rires) 


ZYVA : Deux petites questions/remarques avant de te quitter : la première, on voulait faire un gros big Up à Scratch Bandits Crew qui sont de chez nous, et que l’on a vu grandir aussi chez ZYVA. Voir que ça avance comme cela pour eux, c’est beau.


Sly : c’est cool et bien tu vois, pour nous c’est humainement et artistiquement une des grande rencontres de ces dernières années. Ça fait très longtemps que l’on se croise en concerts et on a vraiment eu le temps de créer une amitié.  Bosser avec eux désormais, c’est vraiment top. 


ZYVA : Dernières remarques plutôt funky, qui nous parle puisque ce magazine est papier, on fait ça avec des arbres...et vous vous en planter, alors au delà du symbole (plus de 1500 arbres quand même), vous véhiculez des valeurs fortes aussi.


Sly : La aussi c’est un gros questionnement pour la tournée, c’est comment on peut faire une tournée qui fasse moins de mal à l’environnement. Entre les kilomètres que tu fais, le carburant, l’électricité, il y a des trucs à faire. C’est encore compliqué pour nous mais oui on y pense, et on essaye d’aider à notre petite échelle. On a la chance de pouvoir voyager, de voir des endroits incroyables, on se rend compte que c’est important de faire attention, ou du moins du mieux que l’on peut.     


Hedi Mekki


Au transbordeur le 8 octobre 2020





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