SLT SUZANE




Point de contrepèterie ici. Depuis un anSuzane renverse toutes les scènes où elle se produit et s’apprête enfin à sortirToï Toïson premier album qui va l’installer durablement dans le paysage musical etplus vite que ça!


On t’avait croisé il y un peu plus d’un an au festival Les Vendanges Musicales à Charnay en Beaujolais, que s’est-il passé pour toi depuis, sans doute beaucoup de travail et de bonheur quand on voit l’avalanche de dates passées et futures ! Comment vis-tu tout cela ?

Il faut d’abord dire que ce projet est né sur scène, j’ai eu la chance que les programmateurs aiment et me fassent vite confiance et me donne la chance d‘être sur scène. Alors bien sûr il y a eu beaucoup de travail en amont mais j’ai eu un très bel accueil sur youtube dès le début avec L’Insatisfait et tout s’est enchainé, peaufiné sans accro.


Justement tu es assez présente sur youtube avec les clips ou les livechat pour présenter par exemple ton dernier single, Il est où le SAV ?, on a l’impression que tu aimes vraiment aller à la rencontre de ton public et que tu interagis avec lui ce qui est plutôt rare à l’heure des community manager ?

Oui, c’est vrai que j’aime bien répondre, échanger, prendre la température. On se voit en live, les gens me donnent des retours, c’est très agréable et quand ils écoutent une nouvelle chanson, c’est intéressant d’avoir leurs impressions, leurs sensations et les réseaux sociaux permettent cela. C’est vrai que c’est moi derrière l’écran, j’essaye de répondre aux différentes sollicitations au maximum même si là cela commence à être difficile. Je joue le jeu !


Tu accordes aussi beaucoup d’importance à l’image, dans les clips très soignés, ce que tu dégages sur scène avec les incroyables photos notamment de Rod Maurice ?

Oui, c’est vrai que les clips sont importants, les trois premiers ont été réalisés par Neels Castillon avec un côté assez épuré, avec les personnages en avant et la danse qui est un peu ma ligne conductrice. Ensuite il y a eu Fred de Pontcharra sur SLT qu’on a tourné en Ukraine et le dernier avec Il est où le SAV ? qu’on a tourné au Sénégal, un tournage très intense dans cette déchetterie près de Dakar avec des conditions assez extrêmes. Evidemment on est très touchés de voir qu’il y a des gens qui vivent dans ce lieu. Cela a été un vrai choc, une prise de conscience assez brutale. Et je suis contente de mettre un peu de lumière sur cette décharge à ciel ouvert surréaliste mais bien réelle. On voulait un décor naturel et malheureusement on l’a trouvé assez facilement car il y a ce type de décharge un peu partout dans le monde.


Te considères-tu comme militante, ici avec l’écologie mais contre le harcèlement avec SLT ?

Je ne me sens pas vraiment militante ou engagée mais plutôt concernée par ce qui se passe au quotidien, le harcèlement en fait partie comme l’état de la planète qui prend aujourd’hui beaucoup de place dans nos têtes. Je me sers de ma musique pour véhiculer quelques idées, après messages cela serait trop fort, mais si cela peut éveiller certaines consciences et bien tant mieux.

Ton premier album, Toï Toï sort le 24 janvier, tu peux nous en dire quelques mots ?

Et bien je complète ma galerie de personnages, j’évoque le diktat de la minceur, les addictions aux nouvelles technologies, les attentats, le réchauffement climatique, bref, des choses du quotidien, de mon quotidien mais j’espère que les gens qui vont écouter l’album vont se retrouver dans ces chansons. Au niveau des arrangements, il va y avoir pas mal de relief avec des titres plus ‘chansons françaises’ d’autres plus punchy et électro avec pas mal d’urbain. Il y a aura une bonne dizaine de titres inédits et j’aimerais remettre aussi les chansons de l’EP car je trouverais dommage que le public passe à côté par exemple d’Anouchka.


Tu viens d’Avignon, est-ce que cela a eu une influence sur ton parcours ?

Avignon, c’est ma ville natale, ma ville de cœur, je l’aime beaucoup et je pense que je l’aime encore plus depuis que je suis partie. Cela doit faire souvent ça aux gens qui partent. J’y ai passé mon enfance, mon adolescence, notamment au conservatoire d’Avignon en danse. Je me suis sentie un petit peu bloquée quand j’ai voulu aller plus loin dans ce que je voulais faire, dans mes rencontres pour évoluer dans la musique. J’ai du quitter Avignon pour réaliser mon rêve, je ne regrette rien mais j’aime rentrer chez moi de temps en temps voir mes parents bien sûr. Mais voilà, j’ai pris mon envol, j’ai pris un billet Ouigo il y a cinq ans pour aller à Paris et je pense que j’ai bien fait. Je ne connaissais personne et j’ai écrit mes chansons dans l’urgence, il fallait que cela sorte et j’ai rencontré mon producteur Chad Boccara par hasard, je voulais arranger ces sons que j’aimais bien et je lui ai envoyés via un ami quelques titres et après écoute il m’a répondu que j’étais un peu comme un sushi, la première fois on se dit mais qu’est-ce que c’est, presque à la limite du bizarre, intriguant, donc on y retourne une deuxième fois et on se dit que c’est pas mal et la troisième fois on devient compétemment accro aux sushis ! Et j’ai trouvé ça marrant cette description et du coup on s’est bien entendus. J’avais déjà mon idée de combinaison, de m’appeler Suzane, de vouloir écrire en français, de vouloir raconter des histoires vraies. Il m’a donc aidé à ficeler tout cela, à trouver les partenaires comme 3ème Bureau qui est aujourd’hui mon label.


Depuis trois ou quatre ans, même s’il y a toujours eu des filles qui chantent, elles semblent de plus en plus physiques, toi, Aloïse Sauvage, Jeanne Added, même Angèle… Y-a-t-il un côté libérateur de la scène ?

Totalement, les filles se libèrent dans la façon de se comporter y compris sur scène, je trouve ça bien ! Je pense qu’on a des énergies toutes très différentes mais qu’on arrive à exprimer et je pense aussi que les artistes pluridisciplinaires commencent à prendre leur place. Il y a quelques années on pouvait te demander, mais tu chantes ou tu danses ? Et là aujourd’hui j’ai l’impression que les lignes bougent sans se justifier en permanence, moi j’avais du mal à choisir, tout nourrit mon univers, la danse, la musique, les paroles donc c’est positif de pouvoir s’exprimer avec toutes nos cordes.


Tu joues au festival French Connexion au théâtre Comédie Odéon avec Terrenoire, c’est donc assis enfin potentiellement  J , comment tu vas gérer cela ?

Cela m’est déjà arrivé de passer d’une salle débout blindée de monde où il fait hypra chaud à une salle assise, je m’adapte mais je pense que l’on peut regarder mon show de différentes façons, de l’hypra engagé physiquement à danser avec moi comme on peut aussi le vivre peut être un peu plus passivement mais toujours en passant un bon moment. Et puis de temps en temps, les gens se lèvent et je les embarque !


Ton nom de scène vient de ton arrière-grand-mère, aujourd’hui beaucoup d’artiste ont un prénom comme nom de scène, n’avais-tu pas peur que cela soit un prénom de plus ?

Ce prénom avant de m’identifier et de me sentir bien, je l’ai beaucoup pensé, car mettre de côté mon prénom civil choisi par mes parents, c’était un geste fort, une façon de m’émanciper, cela m’a donné de la liberté. Après Suzane n’était pas n’importe quel prénom, il y avait de l’affect, et mon arrière-grand-mère je l’ai peu connu, jusqu’à mes six ans, mais assez pour que cela soit une figure féminine qui me marque, parce qu’elle était à la fois franche et pleine de douceur. Je ne l’ai donc pas choisi par hasard, j’ai enlevé un N pour mieux me l’approprier, je le trouve plus moderne comme ça, cela a été une vraie réflexion, j’ai mis un an avant de me dire, est ce que tu veux être ce personnage, cette personne ? Et j’avais beau penser à autre chose, j’en revenais toujours à cela. Aujourd’hui je pense qu’il y a un petit côté schizophrène à s’appeler Suzane/ Océane et on sait plus, mais en tout cas quand je monte sur scène je suis Suzane et je suis moi au quotidien, c’est étrange mais cela me libère.


Et si je te propose d’autres Suzane ? Suzanne Vega ? Susan Boyle ? Suzanne la chanson de Leonard Cohen ? Suzanne Valladon, une peintre montmartroise, mère de Maurice Utrillo ?

Alors sans doute ce titre de Cohen, somptueux !


Et c’est amusant dans les paroles de cette chanson il y a « and she feeds you tea and oranges that come all the way from China » et tu as récemment fait des concerts en Chine, à Shanghai notamment, tu peux nous en parler ?

C’était un voyage incroyable, j’ai eu la chance de faire entre 12 et 15 dates, ce n’est pas rien, j’ai donc eu le temps grâce à l’Alliance Française de rencontrer le public chinois, avec un accueil fou. Je pensais que la langue malgré tout serait une barrière, comme je raconte des petites histoires et au final avec la gestuelle, les mimiques, la danse, l’énergie, j’ai réussi à les emmener avec moi. Et j’espère vraiment y retourner car c’était une riche expérience.


Ton dernier single comporte un featuring avec Témé Tan, comment tu l’as rencontré, encore un belge !

Justement c’est fou mais en Chine parce qu’on faisait cette tournée ensemble avec l’Alliance Française où il y avait un groupe français, un québécois, et un belge. J’avais déjà entendu Témé Tan avec Roméo Elvis, et j’ai pris une vraie claque en le découvrant sur scène là-bas, c’était à Hong Kong et je me suis dit, on a vécu ce voyage ensemble, le smog il l’a vu comme moi et il est très concerné par la question environnementale, donc cela a été assez évident de l’inviter sur ce titre. Il y aura peut-être sur l’album une autre collaboration avec un rappeur, quelque chose de plus urbain, on va voir si cela va jusqu’au bout.


Pour finir, tu joues au festival French Connexion avec Terrenoire le 16 février 2020, connais-tu certains artistes ou d’autres à mettre en avant ?

J’aime beaucoup Yseult qui est une amie et puis là je suis un jeune rappeur, Simony qui a une sacrée énergie et qui je pense peut aller loin, les maisons de disques frétillent déjà. Et sinon bien sûr Témé Tan !


Propos recueillis par Guillaume Lebourgeois, merci à Patricia Teglia.

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